SHOTOKAN

La formation du karaté à Okinawa

C'est avec Sôkon Matsumura né au début de XIXe siècle que le karaté passe de la légende à une véritable connaissance historique.
Il était maître d'arts martiaux et vassal du roi,
il connaissait l'art du combat chinois et l'art du sabre japonais.
Remonter antérieurement ne permet que constituer qu'un ensemble d'hypothèses sans certitude.

Il est probable que l'art du combat chinois ait été introduit à Okinawa par trois filières complémentaires:
l'apport des voyageurs venus de Chine, la transmission par les Chinois installés dans l'île et,
à une période un peu plus tardive, celui des habitants d'Okinawa qui firent le voyage de Chine

A Okinawa, comme dans tout le Japon, l'État met en place l'école primaire en 1880 et crée un lycée et une école normale.
En 1901, Itosu (disciple de Matsumura) réussit à convaincre l'inspecteur provincial de l'instruction publique
de faire adopter pour l'éducation physique dans les écoles primaires une version du karaté qu'il a élaborée à cette fin.
Après la victoire contre la Russie, trois disciples d'Itosu entrés dans l'armé reviennent en vainqueurs
et en 1905 le karaté est accepté comme discipline d'éducation physique au lycée et à l'école normale d'Okinawa,
avec l'idée que cette discipline contribuera à hausser la volonté combative.

Les efforts d'Itosu tendent principalement à établir l'identité culturelle d'Okinawa vis-à-vis du Japon nouveau qui est lui-même en train de s'affirmer en tant qu'État moderne.
C'est aussi l'évolution globale de la culture d'Okinawa qui explique que l'on rencontre, chez nombre d'adeptes du té (karaté) de la fin du XIXe et du début du xxe siècle, la volonté de placer leur art au rang des arts martiaux traditionnels japonais. Celle-ci se manifeste, notamment dans les écrits sur le karaté d'A. Itosu et des maîtres de la génération suivante tels que
G. Funakoshi, K. Mabuni, C. Miyagi, par une communauté de style, inspirée des écrits classiques de l'art du sabre.

Différents courants du Shôtôkan existent dans le milieu universitaire japonais, puisque le Shôtôkan s'est développé depuis le début dans les clubs universitaires.
Chaque université maintient sa tradition du Shôtôkan avec une organisation des anciens élèves dont les plus anciens conservent le souvenir de G. Funakoshi. Parmi ces groupes,
le courant de l'université Keiô est le plus ancien et il transmet les enseignements les plus anciens de G. Funakoshi. Le courant Keiô est peu connu à l'extérieur du Japon.
Le groupe de l'Université Keiô faisait au départ partie du même courant que celui de l'Université Waseda, tous les deux se situant aujourd'hui en dehors de la nouvelle J.K.A.
Mais son influence ne s'est pas étendue en dehors de cette université.
Le courant de Shôtôkan-Keiô reste discret en se qui concerne l'extension vers l'extérieur, mais il est solidement organisé par la filiation des anciens élèves et étudiants. Ses adhérents attachent beaucoup d'importance à la pratique du combat de style J.K.A ; toutefois ils pratiquent les kata en exagérant moins les expressions de dynamisme.
La position du corps est plus haute, les jambes sont moins écartées, les mouvements techniques sont plus petits, ce qui rend ce style moins spectaculaire que celui de la J.K.A.
Le karaté de cette université est important pour comprendre l'évolution du Shôtôkan, car c'est la première où G. Funakoshi ait enseigné, et c'est celle qui, au cours de son évolution a conservé le plus de traces de l'enseignement initial.
La situation actuelle de l'école Shôtôkan est donc complexe.
Ces trois courants constituent au Japon une unité dynamique: le Shôtôkan avec des conflits et des influences mutuelles. En dehors du Japon, la J.K.A a connu une large expansion internationale depuis les années soixante et c'est elle qui représentent l'image globale du Shôtôkan. En fait, l'histoire du karaté est bien courte.
Nous pouvons dire que les méthodes d'enseignement et de pratique du karaté moderne ne sont pas encore suffisamment élaborées et qu'il continue d'évoluer.
Même au Japon, c'est seulement après la deuxième guerre mondiale qu'il est devenu une pratique populaire.
G. Funakoshi est donc à l'origine du karaté Shôtôkan et de l'école Shôtôkaï. Parallèlement, un des premiers élèves de G. Funakoshi,
H. Otsuka a développé, au cours des années 1930, une école de karaté autonome, le Wadôryû.
Cette école a été, comme l'école Shôtôkaï, très marquée par la tradition du budo japonais.